L’eau sourd dans de nombreux livres de la Bible, elle est à l’origine même de la vie.
Dans la Bible l’eau est soit suffisante, soit rare, mais jamais abondante sauf lors du déluge. Le peuple hébreu réclame très souvent de l’eau au cours de l’Exode. Le roi Salomon aurait fait creuser une réserve d’eau entre Bethléem et Hébron, Ezechias a fait creuser un tunnel pour capter une source. C’est aussi un moyen stratégique, utilisé dans la guerre contre les rois d’Assyrie. Les thématiques bibliques sont toujours présentes aujourd’hui. Nous sommes dans une période de réchauffement global, mais aussi de dérèglement climatique, sécheresse et inondations sont plus fréquentes. C’est notre consommation qu’il nous faut interroger, autant que notre incapacité à préserver la ressource.
Le conflit Israël Palestine n’est que l’un des conflits sur l’eau, mais il a lieu en « Terre Sainte ». D’autres conflits sont latents, qui n’ont pas débouché sur des guerres. L’eau, facteur de paix ou de guerre ? Cela dépend des hommes, cela dépend de nous.
Pour le peuple hébreu l’eau douce est un bienfait, la mer est un danger. Daniel qui voit les quatre vents soulever la mer, quatre bêtes énormes en sortir. Les apôtres sont affolés par la tempête. Mais chaque fois Dieu sauve les hommes, et dans l’Apocalypse la mer disparait. Commander aux flots, apaiser la tempête, est un rêve des humains depuis toujours. Ce rêve serait-il un appel intérieur ?
N’ayez pas peur disait Jean-Paul II. Mais ne faut-il pas apprendre à avoir peur ? Non de la mort, qui sera l’occasion de notre rencontre avec notre Seigneur et Créateur, mais de la mer qui monte et submerge les rivages, de la destruction de la biosphère et de la menace de la sixième extinction ?
Pourquoi le déluge ? Parce que les hommes s’écartent de Dieu. C’est le moyen choisi par Dieu pour détruire ce monde corrompu. C’est une destruction mais aussi une renaissance puisque les enfants de Noé repeupleront ensuite toute la Terre.
Quels enseignements pour nous aujourd’hui ? Nous nous approchons, lentement au regard du temps des hommes, très rapidement au regard des temps géologiques, de la sixième extinction de la biodiversité. Selon la Bible, le déluge dura 40 jours et les eaux se retirèrent au bout de 10 mois. Combien de temps faudrait-il pour faire renaître la vie sur l’ensemble de la Terre ? Lors de la dernière extinction, il y a 60 millions d’années, cela a pris environ 5 millions d’années Il vaudrait mieux éviter de provoquer cet événement. Après le déluge Dieu avait promis de ne plus détruire la Terre. Aujourd’hui c’est nous qui la détruisons.
L’eau est dans la Bible un obstacle, mais qui devient un passage avec l’aide de Dieu. Le passage de la Mer Rouge avec Moïse, puis le passage du Jourdain avec Josué. Dans la Bible point de frontière infranchissable, Dieu aide à les traverser. Qu’en est-il pour nous ? Les frontières se ferment de plus en plus aux hommes avec la construction de murs et de clôtures de barbelés. Dieu viendra-t’il au secours des exilés ? Le principe de l’accueil inconditionnel est une forme profondément incarnée de la charité, et de l’espérance.
Dans l’Ancien Testament l’eau guérit des maladies et guérit du péché. Elle guérit des maladies, le général syrien que le prophète envoie se laver dans le Jourdain. Elle guérit du péché. L’eau qui jaillit du côté droit du temple assainit tout ce qu’elle touche.
Jésus guérit le paralytique sans même le plonger dans l’eau, il lave les yeux de l’aveugle qui est déjà guéri. Le symbole de l’eau qui purifie est présent, mais virtuel, c’est Jésus qui guérit.
Et si le pouvoir purifiant de l’eau venait de la nature vivante de l’eau ? C’est une invitation à considérer l’eau de la rivière comme une interlocutrice, partie comme nous de la Création.
L’eau pure est présente dans la Bible, l’eau polluée apparaît plus rarement, mais alors toujours polluée volontairement par Dieu ou avec l’appui de Dieu. Le peuple hébreu n’avait pas encore inventé les produits chimiques qui polluent les eaux. Que Dieu pollue l’eau pour punir les hommes nous interroge. Avons-nous pris la place de Dieu ? Quand l’eau est souillée c’est par la volonté de Dieu (le Nil rouge plein de sang), les anges dans l’apocalypse qui rendent l’eau impropre en y versant de l’absinthe.
La définition de l’eau pure devient de plus en plus incertaine. Nous polluons l’eau source de vie et, avec les PFAS, pour « l’éternité ». Ce n’est pas l’éternité promise, ce n’est pas l’eau qui purifie, au contraire. C’est un appel de plus à respecter l’eau et la Création.
On distingue dans la Bible trois types d’expression de la relation de Dieu avec l’eau donnée aux hommes. Dieu envoie de l’eau pour nourrir la terre du peuple choisi. Dieu protège l’homme comme l’eau abreuve la terre. Puis l’eau devient symbole de vie en Dieu. Il nous faut écouter tant la clameur de la terre que la clameur des hommes. Dieu ne tend-il l’oreille qu’à la clameur des hommes, l’esprit de Dieu qui irrigue l’esprit de l’homme est-il devenu sourd à la clameur de la terre ? Il nous revient de retrouver la force originelle de l’eau, nous ne sommes pas de purs esprits.
L’accès à l’eau est décrit comme un droit ouvert à tous, « Venez vers l’eau, même si vous n’avez pas d’argent ». C’est un appel, l’eau est alors utilisée au sens allégorique de la parole de Dieu. En revanche le refus d’accès à l’eau est une faute, le don de l’eau à celui qui demande est valorisé dans le Jugement dernier, et il s’agit alors de l’eau physique. L’eau est un bien commun, elle est un besoin vital pour tous, elle n’est pas produite par l’homme, elle est mise à disposition ce qui n’est pas la même chose. Vous m’avez donné à boire, dit Jésus. Pourrons-nous encore donner à boire si l’eau se raréfie et devient de plus en plus chère ? Quelle est cette société qui privatise ce qui nous est donné, l’eau, la terre, bientôt l’air. Malheur à celui qui refuse de l’eau, souvenons-nous de cette parole.
L’eau est transformée en sang comme dans les sept plaies d’Egypte, où l’eau du Nil est changée en sang. A Cana, Jésus change l’eau en vin. Le liquide peut dissoudre, certains disent que nous sommes dans une société liquide, mais alors nous perdons notre prochain. Le liquide peut aussi nous conduire vers une société plus proche du Royaume de Dieu, comme la rivière irrigue les pâturages. A nous de choisir.
L’eau nous constitue et fait mémoire en nous de notre origine. C’est le symbole d’un appel à la conversion sous de multiples aspects. Elle manque à plus de 800 000 habitants sur la Terre, c’est un appel à la conversion de nos modes de vie qui rejoint ses dimensions spirituelles.
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